PRESSE - Les danses tunisiennes à l’épreuve de la danse contemporaine: le cas Malek Sebai

(…) une deuxième rencontre est celle de Rochdi Belgasmi. 
Malek Sebai, repère très vite, les talents exceptionnels de ce jeune danseur plein d’ambition. Marionnettiste, formé à la danse contemporaine par Nawel Skandrani, Rochdi Belgasmi ne tarde pas à se faire reconnaitre parmi les interprètes arabes.(…)
(...) La performance de Rochdi Belgasmi expose son corps travaillé, sculpté, où s’entremêlent féminité et masculinité. Il danse jusqu’à l’épuisement, transpire, court dans la salle tel un cheval enragé, casse des chaises, détruit le décors. La voix ancestrale d’Ismail El Hattab, jaillit de nulle part, et Rochdi apparait soudain dans une jupe bleue; il noue l’écharpe blanche (hzam) spécifique des danses tunisiennes, autour de son bassin et nous offre une danse intemporelle qui explose la spatialité. Il part du mouvement twisté tunisien, le répète tout en le différenciant. Le danseur explore tous les possibles de ce mouvement, il le décortique, l’ornemente, lui greffe d’autres gestes, répertoriés ou insolites. Ce mouvement du bassin tellement familier pour le public tunisien, devient d’un coup étranger.
Le danseur sourit et transpire, souffrance et plaisir sont inscrits sur son visage. il se contorsionne, se perd; nous égare. Dans sa jupe, qui rappelle les danseurs noirs de Djerba, dans ses coups de pieds qui évoquent la danse des guerriers (Fantazia), dans ses ondulations proposer à la danse des femmes, toutes les limites s’abolissent: femme/homme, adulte/enfant, traditionnel/contemporaine. (…)

Mariem Guellouz (chercheure en danse)
01-01-2013

PRESSE - La danse des corps et des âmes

Sur le battement d’un tambour lointain et de l’hennissement d’un cheval galopant commence l’histoire.
L’histoire de la danse folklorique tunisienne telle qu’imaginée par l’artiste Malek Sebai dans le spectacle « Khira w Rochdi » présenté récemment à l’ancienne bibliothèque nationale dans le cadre de la manifestation Dream City. Pas maladroits, puis mouvements, puis doute, puis recherche, puis figures de base, puis frémissement des corps, puis colère, puis réconciliation, puis chorégraphie. Peu à peu ou plutôt pas à pas, Malek Sebai reconstitue avec beaucoup d’amour, la genèse de la danse traditionnelle tunisienne avec la complicité du danseur Rochdi Belgasmi, de la danseuse Khira Oubeidallah -qui a commencé sa carrière de danseuse en 1962 avec la troupe nationale des arts populaires- et du percussionniste Wissem Mzoughi. Et c’est avec subtilité que nous, spectateurs, glissons dans ce qu’appelle Malek Sebai « une déclinaison possible du traditionnel tunisien ». Rochdi retrace, en solo d’abord, ce cheminement corporel à la recherche de quelque chose de « beau ». En jupe bleu royal et sur les rythmes d’Ismail Hattab, il esquisse les mouvements premiers de ce que sera la danse folklorique avant d’être rejoint par Khira, cette femme dont le corps raconte le souvenir. A deux, ils créent une symbiose artistique agréable à voir et à sentir. Rochdi w Khira ne dansaient pas uniquement, leurs corps exprimaient aussi l’envie de bouger et de danser tunisien. Dans « Khira w Rochdi », Malek Sebai reconstruit non seulement « l’histoire » de la danse folklorique tunisienne mais transmet surtout son amour pour la danse. Cet acte culturel qui raconte des pans de nous et de notre histoire. La chorégraphe se prête même à une danse commune devant le miroir qui ornait la scène du spectacle, miroir qui a reflété le plaisir qu’avait toute la troupe à être là et à partager la passion de la danse. Le spectacle se termine par une invitation du public à la danse, et c’est avec générosité et amour que Khira donne le ton en esquissant des pas basiques au son d’un battement rythmé de tambour pour entrainer la présence dans le monde de la danse folklorique tunisienne avec ses codes bien spécifiques.

Chiraz Ben M’rad
06-10-2012

PRESSE - Et parlent les corps

Danse contemporaine : Khira w Rochdi à Mad'Art
Les fans de la danse contemporaine se sont rendus nombreux, à la salle Mad'art de Carthage, vendredi dernier, pour assister au show intitulé Khira w Rochdi. Exécuté par le trio Khira Obeïdallah (danseuse), Rochdi Belkasmi (danseur) et Wissem Mzoughi (percussion), le show, qui allie l'art de la danse traditionnelle tunisienne à celle contemporaine, traduit un regard posé sur le mythe, le passé et le présent. Produit par le Centre national de la danse Borj Baccouche, en collaboration avec le ministère de la Culture et la Ferme de Bouisson Scène nationale en France, ce spectacle à trois raconte la vie de l'être humain, celle de n'importe lequel parmi nous, ses moments autant fragiles que forts, les situations tumultueuses ou paisibles qu'il peut connaître.... A partir de leurs corps qui s'expriment sur scène, accompagnés par une percussion au rythme de plus en plus frénétique et soutenus par une lumière tamisée, les deux danseurs commencent petit à petit à se libérer. Des pas ponctués, des mouvements harmonieusement exécutés sur des notes régulières, tantôt fortes tantôt légères, le duo donnait l'impression de voltiger parfois, pour s'ancrer ensuite, au sol, reflétant la beauté des traditions ancestrales qu'il a mises en relief. Les deux danseurs nous ont, ensuite, offert une chorégraphie inspirée par une chanson du folklore tunisien «Bin el Wedian», un prétexte artistique pour nous raconter, en la concrétisant, l'histoire de la danse traditionnelle tunisienne avec sa magie, son charme particulier, ses ondulations... Agiles, habiles et légers, ils nous ont ensuite entraînés, avec une énergie folle et une superbe maîtrise, dans une danse qui reflète l'idée du refus et de la rupture, la quête de la joie et la recherche de l'idéal... Ce faisant, ils ont dessiné plusieurs facettes de l'être humain dans sa complexité, dans son perpétuel mouvement. Le spectacle s'est clos sous un tonnerre d'applaudissements d'un public charmé par ce show haut en couleur qui représente notre héritage artistique et patrimonial.

H SAYADI
27-02-2012