PRESSE - «Réminiscences», Deuxième édition de l'Expo Talan

Plus de visibilité pour nos artistes,
Jusqu'au 13 juin 2015 à la Charguia L'art est une source d'énergie, contribue à une certaine dynamique et s'impose comme une alternative en matière de visibilité et de production pour les artistes tunisiens. Un espace d'une superficie de 800 m2 s'est transformé pour la circonstance en galerie d'art avec sa scénographie et son identité. Placée sous le thème des «Réminiscences», l'exposition donne l'opportunité à une vingtaine d' artistes tunisiens d'exposer leurs œuvres. Loin de toute nostalgie, le thème renvoie plutôt à un ici et maintenant, dont les artistes se sont saisi pour mieux appréhender notre histoire et se réconcilier avec un passé pas toujours connu. L'idée est d'invoquer ses matériaux pour mieux forger notre présent et asseoir notre avenir, comme l'explique Aicha Gorgi, la commissaire de l'exposition. Ainsi, «le choix de ce thème se veut avant tout une interrogation artistique appelant l'œil du présent à revoir, s'approprier ou détourner une multitude d'images et de situations produites sur cette terre pluricivilisationnelle», souligne-t-elle encore. Ces artistes sont Ymen Berhouma, Yasmine Ben Khelil, Omar Bey, Haythem Zakaria, Farah Khelil, Sadri Khiari, Anna Latreille Ladoux, Héla Lamine, Oussema Troudi, Feryel Lakhdar, Nadia Jelassi, Imed Jemaiel, Nidhal Chamekh, Insaf Saada, Ali Tnani, Rym Karoui, Ibrahim Matouss, Hela Ammar, Douraid Souissi, Nadia Kaabi Linke, Slimen El Kamel, Nabil Saouabi et Belhassen Chtioui. Ils sont artistes multimédias, peintres, photographes, dessinateurs, sculpteurs, vidéastes et exposent jusqu'au 13 juin. Mais l'exposition a fait aussi dans la performance, offrant, à l'occasion, la possibilité à des artistes d'univers différents de collaborer ensemble. Il s'agit de l'installation-performance «Memorium. Quand le corps se fait amnésique», signée Rochdi Belgasmi, Design Lab et Benjemy. Danse, arts sonores et visuels et musique se sont donné la réplique pour un travail exceptionnel créé spécialement pour le lancement de cette deuxième édition. Une riche collaboration «Memorium. Quand le corps se fait amnésique» fut surtout l'occasion de découvrir un nouveau faire et d'apprécier le fruit de la rencontre entre différents talents tunisiens. Il y a, d'abord, Design Lab, un collectif d'artistes pluridisciplinaires, qui intègre de vastes domaines de compétences. C'est la rencontre entre Shaden Rachid, Fahd Bouaziz, Houcem Boukef, Elyes Rebai, rejoints par Zouhour Saoud, des diplômés des beaux-arts qui, outre leurs différentes créations (Design (espace, graphique, produit), arts numériques, Vdjing, et d'autres encore) s'imposent, artistiquement, depuis quelques années avec leurs installations et performances de Mapping. La rue les a découverts, en août 2013, avec la performance de Mapping «lellétna», projetée sur la façade du Théâtre Municipal et qui a retracé, en relief et toute en lumière, l'histoire de la Tunisie. Ils ont pris part à plusieurs événements en Tunisie et à l'étranger. A travers cette installation Design Lab poursuit ses recherches sur les interactions interdisciplinaires et la correspondance des sens. Rochdi Belgasmi qui en a signé la chorégraphie est un danseur, chorégraphe et professeur de danse contemporaine à l'Institut supérieur d'art dramatique de Tunis (Isad). Ce membre du Conseil international de Danse (CID) est une figure montante de la danse contemporaine en Tunisie. Côté son, il y avait l'intervention du musicien Benjemy. Figure de la jeune scène électronique tunisienne, il cumule depuis une décennie les expériences au sein de différents groupes, formations et collectifs internationaux. Ce travail commun, articulé autour du thème de la mémoire, s'inscrit dans une certaine conception de l'œuvre d'art totale. Cela consiste en une confrontation formelle et structurelle entre les domaines visuel, sonore et gestuel. Ainsi, dans cette installation vidéos, mouvements du corps et son se sont croisés pour s'enquérir quant aux rapports entre corps, espace, temps, son, lumière et mouvements. Evoquer ce travail, c'est surtout l'occasion de parler de tout ce potentiel qui émerge, qui existe et qui évolue sous nos cieux, qui cherche à conquérir d'autres médiums, à exploiter d'autres terrains qui propose un autre faire et qui est dans des préoccupations esthétiques plus actuelles. Des artistes qui ne demandent qu'à être vus et encouragés et qui gagneraient à être connus, reconnus et appréciés.

Meysem Marrouki
04-06-2015

PRESSE - Talan met des couleurs dans la ZI de la Charguia

L'exposition, dont le vernissage a eu lieu jeudi 28 mai 2015 et qui se poursuivra jusqu’au 13 juin courant, vaut bien le détour. Une vingtaine d’artistes ont animé de leurs couleurs ensoleillées les cimaises de l’immense espace d’exposition s’étendant sur 800m2.
Les visiteurs ont eu droit, ce jour-là, à un spectacle de danse contemporaine, intitulé ‘‘Memorum, quand le corps se fait amnésique’’, présenté par le danseur et chorégraphe Rochdi Belgasmi, son complice, le compositeur Ahmed Benjemy, un électron libre du monde techno, et le collectif Dsign Lab. On a éteint la lumière pendant au moins une demi-heure et cédé la place à un corps seul pour redessiner l’espace et réinventer le mouvement à sa guise. L’univers d’expression digitale et numérique tout en effets lumineux ont épousé à plaisir ce corps tout en mouvement, en vibration, en état d’alerte. «Une belle performance sonore. C’est poétique, c’est sensuel, c’est magnifique. En un mot, c’est fascinant», a chuchoté la galeriste Aïcha Gorgi, commissaire de l’exposition pour la 2e année consécutive.
Elle était heureuse et comblée par tant de beauté en accompagnant ses hôtes d’un carré à un autre et en leur faisant découvrir l’univers de ses amis artistes, avant de poser devant le ‘‘Before’’, oeuvre d’Anna Latreille-Ladoux, une Polonaise qui vit depuis 2 ans à la Marsa. Sa couleur, c’est le bleu d’azur, son monde le balnéaire et son sujet, le corps, toujours le corps qui se lâche et exulte. A chaque artiste son imaginaire, son univers, sa touche et son petit grain de folie. Ici, on crée, c’est-à-dire qu’on dépasse les habitudes, transgresse les limites et prend des risques. Il ne s’agit pas de plaire, mais de surprendre, d’interpeler, de faire vibrer et de donner à réfléchir. Telle les travaux d’Ali Tnani, des carrés vides ou imprimés, des vides qui se remplissent et des lieux qui se vident dans un éternel exode. Les amateurs d’art contemporains déambulent entre des univers artistiques si surprenants et si familiers à la fois, différents mais qui se parlent et tissent une trame de désir. Ils se prennent en photos devant les oeuvres, comme pour mieux se fondre dans les mondes imaginaires qu’elles contruisent. Ici, on pose à côté d’un vélo ou d’un buste sculpté à la manière de Rym Karoui, devant ‘‘La délivrance’’ de Nabil Souabni. Un peu plus loin, un artiste est admiratif face à sa propre oeuvre et tombe en pamoison devant le secret de sa création. Tout le monde est admiratif. Construction d'une école primair... BNA - Banque Nationale Agricole. On prend le temps d’apprécier, de comprendre, de sentir... Des œuvres gorgées de couleurs, aux tons chauds ou pastels, et qui dégagent une profonde harmonie, entre contrastes, ombres, lumières, rêves et sensations... Une profonde humanité aussi, comme celle que dégagent les femmes bouboules, mais gracieuses, charmantes et charmeuses, peinte avec amour par Feryel Lakhdhar. Contrastant avec cet univers féminin, à la fois intime, drôle et théâtral, le grillage présenté par Insaf Saada investit l’espace. C’est un rideau qui tombe, comme un couperet. De la transgression à l’agression. L’art fait parler aussi nos angoisses.
La balade des gens heureux
Les Yemen Berhouma, Yesmine Ben Lhelil, Omar Bey, Haythem Zakaria, Farah Khelil, Sadri Khiari, Héla Lamine, Oussema Troudi, Imed Jemaïel, Nidhal Chamekh et Belhassen Chtioui ont pris possession de l’espace, qu’ils ont réarticulé, réaménagé, barboté, réinventé, en y imprimant leurs fantasmes et leurs désirs. «C’est un zoom, une déclinaison à la fois picturale et photographique de ma dernière exposition ‘‘Fatchata’’ (tronche ou façade, Ndlr)», explique Nadia Jelassi devant ses oeuvres. Son univers est tout en façades, en étalages, fait de bric et de broc, construit de bouts d’histoires sans début ni fin, et de couleurs qui s’entrechoquent : le rouge brique, le blanc, l’ocre, le gris ardoise. Ici, les éléments se côtoient et se renvoient, entre attraction et révulsion, amour et haine... Parmi les visiteurs, Ikram et Sami, mordus d’art, qui se prennent eux aussi en photos devant des objets rigolos et des tableaux aux couleurs vives. Nous avons saisi l’instant pour les prendre en photo. Photogéniques tous les deux, avec leur sourire sacré.Mehdi Houas, président de Talan et initiateur de l’Expo Talan (grand amoureux d’art contemporain), a craqué, lui aussi, pour une œuvre. Dommage, il est arrivé tard, car elle a déjà été déjà vendue. «J’ai voulu l’acquérir, dommage!», a-t-il dit, avant de poser devant le tableau qui lui a fait tourner la tête.

Zohra Abid
04-06-2015