PRESSE - La magie d'une collaboration «Festus» de Rochdi Belgasmi et Kollab

La performance nous baigne dans un univers visuel nourri par la magie de l'illusion d'optique.
Les dialogues établis entre différentes formes artistiques aboutissent à des créations originales où différents médiums se rejoignent avec leurs particularités pour dire le même propos. Les arts vivants, entre autres, et outre l'apport de la musique et de la lumière, ont appris à intégrer différentes formes artistiques et autres techniques, à l'instar de la vidéo, le mapping et autres formes d'art numérique qui l'enrichissent, voire les construisent. Sous nos cieux, ces expériences scéniques pluridisciplinaires, intégrant les arts numériques commencent petit à petit à émerger, du fait que de plus en plus de jeunes s'intéressent aux nouvelles technologies en tant qu'outils artistiques et que nos artistes font appel, de leur côté, à ces outils pour les exploiter dans leurs créations. L'on a pu assister récemment, dans le cadre du Nescafé comedy show 3, à un excellent spectacle qui concrétise cette idée, il s'agit de «Festus», «une performance contemporaine, à mi-parcours entre chorégraphie et arts numériques, elle tisse peu à peu une toile féérique pour créer un monde qui n'en est pas un», comme en parlent ses créateurs. Cette création, qui allie danse contemporaine et arts numériques, est le fruit de la collaboration artistique entre le danseur et chorégraphe Rochdi Belgasmi, et des artistes du collectif Kollab, une agence spécialisée dans la communication et la création visuelle. La performance nous baigne dans un univers visuel nourri par la magie de l'illusion d'optique. Le danseur, qui s'est inspiré pour cette création du mythe de Sisyphe, est confronté à différents obstacles (projetés in situ en images holographiques). Baigné dans un univers fait de lumières et de projections 3D, il évolue en mouvements au gré de ces obstacles, sa présence réelle sur scène se confond par moments à son image «holographique» superposant ainsi le réel au virtuel. «On peut dire que c'est mon premier spectacle d'illusion d'optique», nous livre Shaden Ghehiouche, co-fondateur avec Achraf Hentati du Kollab. «L'astuce était de créer des zones mortes (obscures) permettant à Rochdi de disparaître dans le noir et sortir ainsi de l'espace réel pour réapparaître dans l'espace virtuel», ajoute-t-il. Composé de designers, et d'artistes 3D, Kollab se veut un espace de recherches et d'expérimentations plastiques autour des pratiques artistiques émergentes. Se basant sur l'expérience de la réalité et de ses représentations ainsi que sur la perception de l'espace, ces artistes conçoivent des œuvres qui amènent le spectateur à se questionner sur sa propre interprétation du réel. Shaden et Achref travaillent séparément depuis quelques années au développement du mapping-vidéo et de l'installation numérique. Ils ont à leur actif dans ce domaine de multiples expériences en Tunisie et ailleurs. Ils se sont rejoints dernièrement en créant Kollab mettant leurs sensibilités, leurs acquis et leurs compétences pour promouvoir ces nouvelles pratiques artistiques. Leurs travaux interrogent le rôle des innovations scientifiques dans un monde de plus en plus connecté, l'impact de l'industrie numérique sur les processus de création, les possibilités infinies que nous offrent le digital et le rôle que jouent les nouvelles technologies dans le changement des perceptions, ainsi que dans notre rapport à la création artistique. «Nous vivons ensemble, ici et maintenant, une série d'expériences, au travers de différents univers parsemés de difficultés, d'épreuves et de contraintes. La question du corps et de son rapport à l'espace est au cœur de ce travail. Comment dépasser ces obstacles ? Avec quelle volonté ?», note Rochdi Belgasmi. Danseur et chorégraphe pour des spectacles internationaux, Rochdi est l'une des figures de proue de la danse contemporaine tunisienne. Féru de danse, depuis ses premiers pas, il a tout fait pour réaliser son rêve, et ce, malgré un environnement social très ancré dans les traditions. Depuis sa rencontre avec la grande figure de danse populaire tunisienne Khira Oubeïdallah, le danseur semble avoir trouvé un savant mariage et une expression folle alliant danses locales et danse contemporaine. Il a parcouru le monde avec, entre autres créations, «Transe» 2011, «Zoufri» 2013, «Et si vous désobéissiez» 2015 et, récemment, Ouled Jellaba en se produisant dans plusieurs Festivals de danse. D'excellentes collaborations artistiques à faire, à refaire et à encourager. Car ces expériences restent malheureusement encore timides sous nos cieux. Ces artistes gagneraient à être encouragées, à assurer leur épanouissement en créant un terrain favorable pour le développement de leurs pratiques et leur procurer plus de visibilité.

Meysem Marrouki
01-12-2016