PRESSE - « Je ne m’évade pas, j’affronte... »

Rochdi Belgasmi, artiste-danseur au Temps :

Rochdi Belgasmi, jeune artiste-danseur connu pour son audace et talent, a su inspirer et tenir en haleine le public par l’originalité de ses chorégraphies et performances parmi lesquelles on cite : Ouled Jellaba lauréat du prix international Olfa Rambourg pour l’art et la culture en 2016, Arous Oueslat en 2017, Lamboubet en 2018... Il a été à la fois apprécié et rejeté : son audace et sa force de résistance font de lui un artiste sans frontières ... • Le Temps : Rochdi, plusieurs sont ceux qui considèrent ce que vous faites comme une véritable « lutte », un « dé » dans un pays régi par des mentalités diverses. La danse représente-t-elle véritablement pour vous un moyen d’évasion, un dé à relever ou un engagement ? Précisez-nous
Rochdi Belgasmi : Je commence d’abord par signaler le mot « engagement » que je n’apprécie pas du tout, je pense que l’artiste est engagé par évidence. Je ne crois pas à l’art engagé, je ne choisis pas de travailler sur des symboles : dire qu’un artiste travaille sur la révolution comme symbole c’est être dans un registre diérent de l’art car l’art à horreur d’être cloué à des sym- boles. Je ne veux pas tomber dans ce piège. Pour moi l’engagement c’est le fait d’être ressour- cé par l’art. Pour la lutte, en tant que artiste citoyen, je lutte contre toute forme de liberté : d’expression, de corps... Ce sont pour moi des moteurs de travail qui me font bouger mais je suis loin de faire de mon art une lutte contre quoi que ce soit... Je vise à mettre en valeur un discours plutôt qu’une lutte qui viendra peut-être plus tard car, toute lutte exige une confron- tation, chose que je n’apprécie pas. Je recours donc au silence et alterne l’individuel et le col- lectif, l’intime et le non-intime... • D'accord, vous êtes loin d'aronter l'autre, mais voilà jus- tement à chaque spectacle ou présence sur les plateaux télé, vous devenez très vite l'"objet" (permettez-moi de le dire) d'un vif débat, comment répondez-vous à ceux qui dévalorisent l'art et la danse en particulier ? Au début, je n’ai pas pensé que les retours pourraient être aussi extrêmes parce qu’il ya des gens qui sombrent dans le refus total, dans la stigmatisation et la destruction et c’est ce qui est embêtant. C’est pourquoi je boycottais la radio et les télévisions tunisiennes et n’accepte des propositions que de la part des chaines internationales qui sont loin de rabaisser le statut de l’artiste. Je refuse totalement d’être de nouveau victime de ce piège qu’est le buzz. Je suis un agitateur, un provocateur mais cela n’empêche mon caractère ambivalent qui oscille le sérieux et l’humoristique. La manipulation de mes photos, l’agression sur les réseaux sociaux me sont source d’inspiration, une véritable matière de travail qui me booste davantage vers le progrès. J’ai travaillé sur la prostitution masculine dans la société arabo-musulmane, j’essaye toujours de créer une oeuvre à partir de mon image à moi, une image qui m’échappe parfois et me revient grâce à l’autre qui me permet de me reconnaitre. L’amalgame, l’eervescence me laissent rééchir et c’est ce qui m’intéresse le plus. • Vous êtes "rebelle ,"Rochdi et la résistance exige un soue long et une énergie que vous faites dégager parfaitement, quelle est la source, le secret majeur derrière votre motivation et endurance ? Il n’ya pas de sources mais plutôt des batteries à charger. Je suis quelqu’un qui aime l’intimité et là je reviens vers mon aspect autiste, c’est ce qui me permet d’ailleurs de faire le vide. Je ne m’évade pas, j’aronte... Mes livres, recherches m’aident beaucoup ainsi que ma chère femme que je salue pour son soutien perpétuel car l’entente conjugale est assez importante dans l’aboutissement à un succès. Actuellement, je viens d’entamer un troisième cycle à l’école des beaux arts de Sousse, je vais travailler sur la performance et les arts visuels an de fertiliser mon travail. • Oui, on en prote justement pour vous féliciter et vous souhai- ter une vie jalonnée de bonheur. À propos de votre déménagement à Sousse, vous avez signalé que "c'était le meilleur choix que vous avez fait," dans quelle mesure rejoins-tu Albert Mem- mi quand il dit que "comme une mère, une ville natale ne se remplace pas"? Ah oui, absolument. Il faut que je précise quelque chose : je suis né à Sousse, à Msaken, préci- sément et me voilà de retour à mon lieu de naissance qui me permet de ressaisir mes repères et de recréer un regard rétrospectif vers l’enfance. Prochainement, tous mes projets auront lieu dans ce territoire et auront un lien direct avec cet espace car l’artiste est observateur par excellence. • Le rôle que vous avez incarné dans L"'amour des hommes » est pourvoyeur d'au- dace et de "hardiesse"que plusieurs considèrent "insolente", qu'en pensez-vous ? Je ne suis pas à la recherche de l’insolence, je régis selon les circonstances. Pour ce lm, le choix du cinéaste Mehdi Ben Attia était bien fait. J’assume bien mes orientations et sais sur- tout ce qu’il ne faut pas faire, je suis sélectif. Etre soi-même c’est eectivement sortir du lot et faire la tache et moi en tant qu’artiste, suis très généreux dans le « jeu », je ne calcule ja- mais ; je veux juste maitriser ce que je fais. Je suis aujourd’hui dans le péché, dans la désobéis- sance à travers « Wa Idha aasaytom » qui le témoigne amplement. Or, dans la vraie vie, je suis très pudique et timide, je préfère marcher dans l’ombre... • Vous animez des clubs de danse partout, des workshops adressés aux jeunes. Quel intérêt accordent ces derniers à la danse ? Nous les voyons le plus souvent motivés et appliqués en votre présence n'est-ce pas ? Pour les cours de danse, je les anime depuis douze ans, partout en Tunisie ou à l’étranger. Je suis invité par les institutions pour coacher des amateurs aussi bien que des professionnels. J’essaie de diuser la danse tunisienne parfois et Dieu merci, je suis souvent sollicité par les jeunes.on veut déconstruire le mythe de la danse orientale et construire quelque chose d’alternatif à sa- voir la danse folk. • Vous êtes artiste chercheur, avez-vous exaucé la majorité de vos rêves, sur le plan artistique, bien entendu ? Sinon, parlez-nous de vos futurs projets. Certes non. Je mets toujours la barre plus haute, mes fantasmes et rêves se transforment parfois en cauchemars : c’est le fait d’être encore plus agitateur par le biais d’autres moyens. Mes futurs projets ré- pondront à une étape de ma vie car le processus seul est capable de faire l’art et de créer l’ar- tiste : c’est tout un processus créatif. Une nouvelle création sur le tissage est en cours sinon je suis programmé par L’institut du Monde Arabe au palais de la porte dorée à Paris dans le cadre du festival « Printemps du Monde arabe » et une tournée en Belgique, Londres...avec « Zoufri », «Ouelled Jellaba »... Je compte aussi travailler sur la mythologie personnelle et mettre ma pratique à l’épreuve dans un cadre académique, bien entendu...

Zeïneb GOLLI
15-12-2019

PRESSE - Une danse pour les oubliés de l’histoire

Offrir une danse aux oubliés de l’histoire, leur accorder un carré de lumière lorsque la mémoire est devenue aveugle. Tenter de faire revivre cette chair refoulée, celle de Selem Weld Elkhadhra, ce danseur-homosexuel qui faisait office de serveur dans les commerces des remparts de Tunis. C’est le travail auquel s’est attelé le chorégraphe Rochdy Belgasmi dans « Arous Weslet », spectacle de danse présenté lors de la 6ième édition de Dream City qui s’est tenu du 4 au 8 octobre à la Médina de Tunis. L’histoire à laquelle nous convie Belgasmi remonte au 18ième siècle quand fut maté une révolte populaire dans la région de Oueslat contre une imposition devenue trop lourde à supporter. Les habitants sont donc acculés à s’exiler et à s’établir aux portes de Tunis et certaines femmes d’adonnent à la prostitution comme seul gagne pain possible. « Arous Weslet » est une tentative de portrait de Selem fils d’El khadhra prostituée de la fin du 18ième siècle. Avec Souheib Oueslati, Oussama Saidi et Naim Ben Abdallah, Rochdy Belgasmi occupe la pièce centrale de Hammam «Ettamarine » de Bab Jedid -Hammam fermé depuis belle lurette et ouvert à l’occasion- et restitue durant une vingtaine de minutes un fragment de vie de Selem fils d’El khadhra, personnage marginal de Tunis de l’époque. Rochdy danse sur une frontière particulière, celle du désir frustré, du corps tourmenté, du déni social. La musique aidant, le spectacle monte en puissance pour amener le spectateur au cœur même de la vibration, là où tout s’arrête pour céder la place à la chair pour qu’elle puisse, seule, s’exprimer. Exprimer le beau, la nudité, le sensuel, le violent, le souffrant, le féminin, le masculin, le charnel et tout ce que cette chair peut enfermer en elle comme sensation de vie. Avec « Arous Weslet », Rochdy Belgasmi soulève un pan de l’épais rideau qui couvre notre mémoire. Nous est parvenu alors en vibration, l’histoire de la chair en danse. Une danse libre d’une chair brimée, interdite, refoulée mais combien révélatrice de ce qu’étaient ces oubliés de l’histoire.

Chiraz Ben M’rad
17-10-2017

PRESSE : Dream City 2017 : La Médina sanctuaire de tous les arts

La 6e édition de la biennale d’art pluridisciplinaire Dream City s’est clôturée dimanche 8 octobre 2017, nous laissant des étoiles dans les yeux et de fortes sensations.
Des artistes sensibles et engagés
A la fin de ces rencontres quotidiennes, commencent les parcours de créations qui se dessinent sur toute la Médina (vieilles maisons, palais, hammams, casernes...).
Rochdi Belgasmi, star de cette édition, nous a toujours habitués à un art provocateur, audacieux qui se moque des tabous. Avec son nouveau spectacle ‘‘Arous Oueslat’’, il reste fidèle à lui-même, explorant encore une fois, à travers la danse tunisienne qui s’entremêle au théâtre et à l’art contemporain, le corps, la sexualité refoulée et le rapport trouble entre masculinité et féminité. Interdit aux moins de 16 ans, ‘‘Arous Oueslet’’ fut le spectacle le plus visité de cette édition, simple curiosité ou intérêt ou par la question du genre?

Fawz Ben Ali
09-10-2017

PRESSE - « Arous Oueslat » de Belgasmi fait danser la médina de Tunis

Présenté en première hier, mercredi 4 septembre 2017, à Tunis, le spectacle « Arous Oueslat » du chorégraphe Rochdi Belgasmi fait déjà parler de lui.
Programmé dans le cadre de la 6e édition de la biennale d’art contemporain Dream City, ce spectacle de danse contemporaine est présenté 3 fois par jour, tous les jours, du 4 au 8 octobre 2017, à la médina de Tunis. Ce spectacle, interprété par Rochdi Belgasmi et 3 autres danseurs, raconte l’histoire de Selim, fils d’une prostituée de la fin du XVIIIe siècle. Il est déconseillé aux moins de 16 ans, tient à préciser son auteur.
Les spectateurs, qui ont déjà eu le privilège d’assister à « Arous Oueslat », en font déjà la promotion et assurent que le spectacle est à couper le souffle. Avis aux intéressés et aux curieux!

Anonyme
06-10-2017